Citation de Helder Camara

Réflexions sur la police

Avec ces histoires de gilets jaunes, tout le monde a un avis sur tout. Et c’est une bonne chose. Moi il y a un sujet qui m’interpelle plus que les autres et c’est la police. J’ai dans mon entourage, parmi mes amis quelques flics, frère de flic, femme de flic… Il s’agit là de gens que je connais et apprécie, que j’estime. Je comprends leur colère quand ils se sentent en danger dans leur travail. Surtout avec l’impression d’œuvrer pour la justice et la sécurité de tous. Je comprends leur peur et leur boule au ventre. Et bien évidement je ne souhaite pas qu’il leur arrive quoi que ce soit. Ni à eux, ni à leurs collègues.

Cependant j’ai l’impression qu’il y a un quiproquo énorme sur ce qu’est la police. Sur ce qu’elle protège et ce que sont ses missions. Tout au long de mon article, j’utiliserai des extraits de deux textes trouvés sur Facebook et prenant le parti de la police. Vous les remarquerez facilement parce qu’ils seront en mode citations.

D’abord, quand on pense à la police, à quoi pense-t-on ? Moi je pense à des gens chargés de me protéger, de protéger mes biens et mon intégrité physique. Mais je pense aussi à des contrôles systématiques sur la route. J’imagine que le fait de rouler avec un vieux débris devait leur laisser penser qu’il y avait plus de chance que j’ai bu ou fumé que si j’avais une voiture récente. Whatever.
Certains d’entre nous pensent directement et uniquement aux contrôles. Il suffit de vivre dans une cité HLM et d’être un peu trop bronzé pour être contrôlé systématiquement. Dans ces conditions on prend la mauvaise habitude de courir se cacher dès que l’on entend des gyrophares. Mais on y reviendra.

La police est pacifique

Alors ne vous laissez pas tromper par ces vidéos détournées de leurs contexte, tronquées ou même mieux orchestrées par des manipulateurs. Non aucun flic ne gaze ou frappe gratuitement kkun qui « n’a rien fait » dans une manifestation sans débordement.

Le reste du temps, oui il y a parfois des dommages non voulus dans ces scènes de violences de masse, des accidents malheureux imputables aux flics mais que les victimes auraient pu éviter en restant à l’écart, et oui il y a malheureusement aussi parfois des violences démesurées où là les flics sont poursuivis.

Revenons-y maintenant en fait. Quand on est dans un groupe, une foule, il y a des effets de foule, c’est connu. Quand tout le monde court, vous vous mettez à courir aussi, d’autant plus si vous avez pour habitude de craindre la police. Et quand on combine ça aux ordres qui sont donnés à la police, on abouti à deux problèmes graves.

  1. Oui des innocents peuvent être condamnés par la justice. Notre système judiciaire et ses évolutions récentes font qu’être au mauvais moment au mauvais endroit suffit pour aller en prison, même sans casser, voler ou frapper, simplement par le fait de faire partie d’un groupe. Et si vous ne pensez pas que c’est possible, c’est que vous n’avez pas participé à beaucoup de manifestations dans votre vie. Demandez aux gilets jaunes qui pensaient comme vous il y a un mois ce qu’ils pensent de ça aujourd’hui.
  2. Quand les policiers sont fatigués, blessés, en colère et craignent pour leur vie, les interpellations se musclent (Ou alors certains d’entre eux ont un penchant pour la violence et ne choisissent pas ce métier pour rien, on y reviendra aussi). Et on abouti à ce genre de situation :

Alors là je voulais vous mettre un vidéo youtube publié par le journal le monde. Cette vidéo contenait les images d’une interpellation, des images de la personne interpellée dans le fourgon de police, à l’hôpital et une interview. Mais elle est devenue inaccessible pendant l’écriture de mon article. Je vous mets donc un article de révolution permanente qui contient un lien vers la vidéo (lien cassé à l’heure ou j’écris ces lignes) et des citations de cette vidéo.
Mise à jour: un article de CheckNews explique que les images de l’interpellation ne correspondrait pas à celle du jeune homme en question. Cependant aucun doute n’est émis quand à la véracité et de son interpellation, et de ses blessures.

Je ne sais pas si ce jeune homme a volé une PlayStation, lancé un pavé sur un flic ou détruit une vitrine. Ou si comme il le prétend il ne faisait que filmer puis courir. Mais d’après moi rien ne justifie une telle violence. D’ailleurs je réprouve aussi complètement la même violence qui s’exprime dans l’autre sens, comme ici (d’ailleurs est-ce que « les victimes auraient pu éviter en restant à l’écart » dans ce cas aussi ? Et qui assure l’ordre public et sauve cette personne en difficulté ?). Mais quand elle vient des flics, cette violence est encore moins justifiée. Parce que les flics sont des représentants de l’état dont le rôle est de servir.

Non, nous ne pouvons, et ne devons pas déposer casques et boucliers, car ça serait considéré comme un acte démissionnaire, nous aussi nous payons ces impôts qui nous payent, et avons besoin de notre job. Et nous risquerions en prime des poursuites pénales de par notre statut.
Notre devise est « SERVIR », et vous n’avez pas la moindre idée de tous les efforts et sacrifices que cela demande.

Servir oui, mais servir qui ?

On aurait tendance à penser que la police sert le peuple, mais la réalité c’est que la police sert les élites. La police s’interpose entre les gilets jaunes et les hommes et femmes politiques, pour protéger et servir ces derniers. La police et sa hiérarchie sont structuré de telles manières qu’en cas d’affrontement entre des représentants devenus illégitimes et le peuple dans sa plus pure expression, ce sont les représentants illégitimes qui donneront toujours les ordres. Le préfet de police de Paris est un homme politique. Ses amis et ses intérêts sont alignés avec ceux du gouvernement, certainement pas avec ceux des policiers ou des gilets jaunes.

Mais en plus de servir l’état dans sa forme la moins légitime, la police en est aussi le symbole le plus concret.

Les flics et les gentils sont dans le même camp. Les cons et les casseurs dans l’autre camp. Alors les gilets jaunes, pacifistes ou du moins mesurés, les vrais, les plus nombreux que ces enfoirés, unissez vous et ruinez les, les flics seront à vos côtés…

Ben non, malheureusement les gentils, c’est comme les cons, il y en a chez les casseurs comme chez les flics. Et appeler à « ruiner » « ces enfoirés », moi ça me dégoûte et ça ne sonne pas très « gentil ». Et ça m’interroge sur la propension à la violence de certains flics.

Les casseurs et la police

Les casseurs, ce n’est pas non plus une catégorie unie et homogène. Certains sont là pour rigoler, pour voir ce qui va se passer, et donné l’occasion vont piller pour faire des économies à noël. Et d’autres sont là dans un mouvement politique, armés d’idées, ce sont les blacks blocks. En France ils vont casser, en choisissant leurs cibles avec soin : les vitrines de MacDonalds, de banques, d’assurances, de grosses compagnies qui pour eux représentent le capitalisme sous ses pires formes. Ou alors l’arc de triomphe, érigé par Napoléon (qui hors de France est parfois comparé à Hitler en raison de sa politique impériale et militariste) et symbole d’un état guerrier, colonisateur et violent. Au sujet des blacks blocks, je vous conseille ce documentaire sur les antifas américains. Des sous-titres en français sont disponibles. On parle donc (entre autre) de gens qui depuis des années se battent (en manifs, mais aussi d’autres manières, plus pacifiques) pour un monde meilleur, plus égalitaire, plus juste, plus écolo.

Alors qu’en face, la police, ce sont des gens qui ont un rêve: celui de participer au maintien de l’ordre, assurer la sécurité de tous et être respectés pour ça. Laissez moi vous dire qu’ils ont mal choisi leur métier.

En France, le port d’arme est interdit aux citoyens depuis le XIIIème siècle. Et la police, la gendarmerie, l’armée ont pour rôle principale d’être le bras armé du roi, puis plus tard de l’état. La police représente non seulement un symbole fort de l’état. C’est aussi la seule à être autorisé à faire usage de la violence. Et cela la place dans une situation très délicate de devoir en faire usage avec une extrême parcimonie. L’armement est supérieur, plus dévastateur que ce qu’on peut trouver chez les manifestants, et le droit est donné de s’en servir. Ces droits confèrent des responsabilités. Et malheureusement, trop souvent, ces responsabilités ne sont pas bien comprises et parfois même volontairement oubliées.

Techniques de maintien de l’ordre

j ai ma conscience tranquille, personnelle et professionnelle.
On cherche, sur ces magnifiques réseaux sociaux, à opposer forces de l’ordre et gilets jaunes, et comme de bons moutons 90% d’entre vous tombez dans le piège sournois. Mais je ne vous en veux pas, c’est ainsi depuis l’existence de la Police, et ça le sera toujours.
Mais sachez une chose : dans nos rangs à nous, la haine, car il s’agit bien de haine, n’est orientée qu’envers ceux qui choisissent de nous attaquer et souvent en toute conscience d’ essayer de nous blesser.

Cependant dans toute manif, autorisée ou non, quand ça part en couilles il est de bon avis de se casser loin des affrontements entre les forces de l’ordre et les groupes de casseurs et autres radicaux.
Alors quand ça pète en guérilla à côté de toi et que tu CHOISIS de rester là parce que ça fera une bonne vidéo à poster sur ton mur Facebook ou à Snapper, il ne faut pas t’étonner de bouffer un peu de gaz, de manger l’ arrête d’un bouclier ou un peu de gomme en bâton lors d’une charge de CRS. Si après l’ appel à la dispersion tu es encore sur notre chemin c’est que tu en acceptes les conséquences.

Allez, on donne un peu « de haine », mais ce n’est pas grave, parce qu’elle est bien « orientée qu’envers ceux qui choisissent de nous attaquer et souvent en toute conscience d’ essayer de nous blesser« . Mais que croyez vous que disent les casseurs ? Il haïssent la police parce que la police les blesse, les tue, les enferme.

Mais même quand on est un paisible manifestant, on choisit rarement de « rester là parce que ça fera une bonne vidéo« . Quand un cordon de CRS bloque une rue, même avec le plus grand sourire et toute l’amabilité du monde, il n’est pas toujours permis de le traverser. Que ce soit pour rentrer ou sortir d’une manif, la liberté n’est pas de mise. Sans parler des fouilles et de l’interdiction de posséder du sérum physiologique. Quelle est donc cette arme qui permet de soulager des yeux brulés ?

Les techniques utilisés par le maintien de l’ordre ne visent pas toujours à maintenir l’ordre. Au contraire, il arrive que les objectifs visés (diabolisation des manifestants dans les médias, maximum d’interpellations) requièrent des techniques qui font monter la pression.

Par exemple, la technique dite de « la souricière » est utilisée pour obtenir un maximum d’interpellations, elle fait partie d’un arsenal de techniques qui ne favorisent pas le maintient de l’ordre comme le montrent ce rapport d’Amnesty International, ou celui plus récent de l’Hétairie. Le résultat ? Des interpellations parfois incompréhensibles.

La police tue ?

Encore une fois je le dis (tout du moins je l’espère) : aucun policier ne se lève la matin en souhaitant tuer. Mais quelques-un, heureusement minoritaires, sont quand même bien contents d’aller en manif pour « casser du gaucho ». Et parfois, ça tourne mal. Le slogan « La police tue » ne se base pas sur rien. On peut se rappeler les affaires Rémi Fraisse ou Adama Traoré. On peut aussi jeter un œil à l’Observatoire des violences policières.

Volontaires ou accidentelles, ces violences existent. Et quand on meure d’un arrêt cardiaque après s’être pris une grenade lacrymo chez soi, quoi qu’on en dise le lien de causalité est dur à réfuter.
On peut arguer que ces violences sont rares, mais elle ne le seront jamais assez. On peut arguer qu’elles sont justifié. Mais elle ne le sont pas. Car la police représente l’état et l’état ne doit pas tuer ses citoyens mais les protéger. On a pas aboli la peine de mort pour que la police puisse tuer sans même passer par la justice.

Alors bon courage aux flics honnêtes, tout mon soutien à leurs familles. Et souhaitons fort que tout cela aboutisse à des changements pour le mieux. Et je vous laisse méditer sur l’article 12 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (et le 14 pour les gilets jaunes) :

Article 12

La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

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