Ferme de minage

Bitcoin #3: Le minage est-il cassé ?

Tous les jours, des dizaines d’articles essayent de nous expliquer que le Bitcoin est fini, cassé, terminé ! Je vais passer sur les accusations de monnaie pour les droguées et terroristes en vous renvoyant à mon premier article sur le sujet. Ensuite, je vais répondre hyper simplement à l’accusation qui ressort ces derniers jours: la blockchain contiendrait des images pédophiles. (On va parler minage et politique, ne vous inquiétez pas).

Déjà, rien de nouveau, contrairement à ce qu’on veut vous faire croire, ces accusations sortaient déjà il y a cinq ans. Ensuite, c’est techniquement faux. La blockchain du Bitcoin ne permet pas de stocker des images. L’espace à disposition des utilisateurs pour écrire ce qu’ils veulent est trop petit pour cela. Ce qu’on peut trouver, ce sont des liens vers des contenus répréhensibles. Et c’est tout autre chose. Si je tague l’adresse d’un site porno sur un mur, et que ce site contient des images pédopornographiques, c’est bien le propriétaire du site qui sera inquiété, certainement pas le propriétaire du mur. Moi je le serais certainement, mais plutôt pour la dégradation du mur qu’autre chose.

L’autre truc avec ces articles quotidiens, c’est qu’ils parlent du prix, comme si c’était l’action de Leclerc. Et ils en parlent surtout en mal, sauf quand on atteint des records. A chaque fois que ça descend, vous le saurez. Par contre, vous ne saurez que ça monte que si le record de valeur est largement battu. De toutes manières, en ce qui me concerne, je m’en fous. On est pas là pour gagner de l’argent, mais renverser des gouvernements, muhahaha ! Le prix varie, c’est normal. Mais quand le bitcoin vaut 6 ou 7 fois plus qu’il y a un an, c’est malhonnête de dire qu’il a perdu 66% de sa valeur depuis décembre. Alors qu’il était évident à ce moment là que la croissance était trop rapide pour être durable. Et que le prix de 20 000$ ne s’est maintenu que quelques heures.

Le minage

Bon allez, venons en au fait, aujourd’hui, je vais vous parler du vrai problème du bitcoin, des choses que moi, je lui reproche. Dans le dernier article, je vous ai expliqué le principe du minage. On voit bien que ça résout de graves problèmes. Mais ça en pose aussi d’autres. Je vous suggère cet article si vous maîtrisez l’anglais. Pour les autres, je vais essayer d’être clair.

Comme je l’ai rapidement évoqué dans l’article dédié, aujourd’hui le minage se pratique principalement avec des puces spécialisées nommées ASIC. Ces ASIC, très puissants mais très coûteux sont regroupés dans des fermes de serveurs. Miner le bitcoin aujourd’hui est un vrai business.

La centralisation du matériel

Pourquoi cela ? Parce que c’est un domaine concurrentiel. Le concept de base permettait à tout participant au réseau, avec le portefeuille et son ordinateur, de sécuriser le réseau. Et chacun était récompensé pour cela. Mais avec l’augmentation de la valeur des bitcoins, certains ont flairé la bonne affaire et se sont penchés sur le sujet plus sérieusement.

Il y a une économie d’échelle à réaliser. En fabriquant vous même des puces plus efficaces, en les regroupant dans des endroits ou l’électricité et internet sont peu couteux et en les revendant lorsqu’elles sont dépassées, les coûts sont nettement abaissés.

C’est ce qu’a fait principalement Bitmain, une compagnie chinoise qui est actuellement leader sur le minage et la fabrication des puces. Très bien pour eux, ça leur rapporte beaucoup d’argent. Mais ça pose un tas de problème au réseau.

Le pouvoir au peuple

D’abord c’est un risque pour la sécurité du bitcoin. Les utilisateurs qui utilisent des nœuds complets et vérifient toutes leurs transactions n’auront jamais de problème. Mais ceux qui utilisent des nœuds légers, comme les applications mobiles, sont susceptible de se faire arnaquer si Bitmain décidait de miner de mauvais blocs et valider des transactions irrégulières (ce qui serait envisageable au vu de leur puissance de minage). Heureusement  il est peu probable que ça arrive. Ce serait contre l’intérêt de Bitmain. Mais ça contrevient aux principes qui consistent à ne pas avoir besoin de faire confiance à un acteur extérieur.

Le risque gouvernemental

Lorsque le bitcoin deviendra la monnaie supra-nationale primaire, ça posera aussi la question du risque de récupération par un état. Puisque Bitmain représente une forte partie du pouvoir de minage et que ses opérations sont principalement situées en Chine, que se passerait-il si le gouvernement chinois décidait de leur interdire de fonctionner ? Ou pire, de les nationaliser ?

Le cout énergétique

Un autre problème du minage est son cout énergétique et technologique. Je ne donnerait pas de chiffres car ils sont très difficiles à estimer et sujets à controverse. Ce qui est certain c’est que ces machines qui tournent H24 consomment des quantités d’énergie faramineuses. C’est évidement à mettre au regard des couts humains et écologiques de la fabrication, du stockage et de la distribution des pièces et billets ainsi que des banques actuelles. Néanmoins, ce n’est pas idéal.

La guerre des idées

Le problème suivant de cette centralisation peut paraitre anodin mais c’est peut-être celui qui me dérange le plus. Il s’agit du pouvoir politique qu’il offre.

Jusque récemment, les modifications de code du bitcoin étaient activées  par une sorte de vote des mineurs. Je vais vous donner l’exemple le plus récent et le plus fort, la question de la taille des blocs.

Les blocs

La taille des blocs a un maximum fixé dans le code. Le but est multiple. En premier lieu, limiter le spam. En effet, tout bloc créé est enregistré pour toujours dans la blockchain, et donc sur chaque ordinateur qui la télécharge. C’est pourquoi certains malins veulent y enregistrer les adresses de leurs sites pornos préférés (cf début de l’article). Le problème c’est que chaque participant doit télécharger, traiter et stocker ces blocs.
Donc de trop gros blocs réduisent la capacité à participer facilement au réseau. Tandis que de trop petits blocs limitent le nombre de transactions et font augmenter leur coût puisque les mineurs incluent en priorité les transactions avec les plus gros frais qu’il peuvent récupérer.

Le pouvoir des mineurs

Ce problème est connu depuis longtemps et une solution (le lightning network, un article viendra sur le sujet) a été proposé mais nécessitait une modification du format des blocs. Il se trouve que cette modification rendait visible voire impossible à utiliser une technique utilisé secrètement par Bitmain pour diminuer ses coûts énergétiques. Bitmain a donc longtemps refusé de voter pour cette modification. Et c’est une des raisons pour lesquels bitcoin a mis si longtemps à résoudre son problème de tailles de blocs et a vu ses coûts de transaction et temps de confirmation s’envoler à des valeurs inacceptables la première moitié de 2017. C’est aussi la bataille autour de laquelle la communauté s’est scindée et d’où est né le fork Bitcoin Cash.

Cette petite histoire montre le pouvoir des mineurs et le besoin de décentraliser cet aspect des cryptomonnaies. Il existe pour cela deux idées principales aujourd’hui qui ont chacune leur lot de controverses: la résistance aux ASIC et le Proof of Stake (PoS) en lieu et place du PoW. Je vous en parlerait prochainement.

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